la Commune de Paris par Jacky MORELLE

une texte merveilleux à lire sans modération

LA COMMUNE DE PARIS (18 mars – 28 mai 1871)

Cette année, nous commémorons le 150ème anniversaire  de la Commune.

Pour Karl Marx la commune fut «la première révolution dans laquelle la classe ouvrière était ouvertement reconnue comme la seule qui fût encore capable d’initiative sociale, même par la grande masse de la classe moyenne de Paris ». Marx disait aussi : « L’antithèse directe de l’Empire, c’était la Commune ».        

La Commune dura deux mois : de sa proclamation, le 28 mars 1871, par l’Assemblée qui venait d’être élue, à la chute des dernières barricades des rues Haxo et Ramponneau à la fin de la « semaine sanglante » le 28 mai 1871. Elle a été l’une des rares révolutions ouvrières qui ait été animée par des ouvriers.

Relatons brièvement les événements qui ont précédé la Commune.

Le 2 septembre 1870, l’empereur Napoléon III imprudemment engagé dans la guerre contre la Prusse capitula à Sedan… La reddition de Sedan livra aux Allemands l’empereur et 100 000 hommes. Ce désastre entraîna la chute du régime impérial . La foule envahit le Corps Législatif, où Gambetta fit acclamer la déchéance de Napoléon III.

La République fut proclamée à l’ Hôtel de Ville, le 4 septembre 1870. L’Impératrice Eugénie s’enfuit en Angleterre et personne n’essaya de défendre le régime déchu. La capitale subit un long siège des Prussiens jusqu’à l’armistice du 28 janvier 1871.L’Assemblée Nationale élue le 8 février, à majorité rurale et conservatrice à l’opposé du vote parisien, chercha à négocier la paix mais Paris qui s’était vaillamment défendu n’entendait pas accepter la reddition. La situation fut explosive. L’Assemblée Nationale se réunit le 12 février à Bordeaux. Thiers fut proclamé  « chef du pouvoir exécutif de la République Française » mais « en attendant qu’il soit statué sur les institutions de la France ». Ainsi la République n’était encore acceptée qu’à titre provisoire. Thiers et les chefs de la majorité s’accordaient pour préserver l’avenir : ce fut ce qu’on appela « le Pacte de Bordeaux ». L’ Assemblée Nationale se prononça pour la paix immédiate et chargea Thiers  et Jule Favre, homme politique et avocat, d’aller à Versailles en discuter les conditions avec Bismarck. Ainsi les préliminaires de paix furent signés le 26 février 1871 où le nouvel  Empire allemand fut proclamé. La France perdit le nord de la Lorraine avec Metz et toute l’ Alsace sauf Belfort. Cette ville, défendue par le colonel Denfert-Rochereau, ne s’était rendue que le 18 février sur l’ordre du gouvernement français. En échange de Belfort laissé à la France, Bismarck imposa l’entrée des troupes allemandes dans Paris jusqu’à la ratification des préliminaires de paix par l’ Assemblée de Bordeaux. Ce fut une condition humiliante car Paris avait héroïquement résistée plus de 4 mois sans se rendre. Elle se trouvait blessée dans sa fierté patriotique. La France dut également verser une indemnité de 5 milliards de francs-or et subir l’occupation allemande d’une partie de son territoire jusqu’au complet paiement. Ce geste sembla aux Parisiens une insulte, quoique Paris restât la capitale de la France et le siège du gouvernement. Ce dernier multiplia les mesures vexatoires envers les Parisiens. Les membres de la majorité royaliste aggravèrent la misère des petites gens en supprimant la solde de garde nationale : c’était réduire les 3/4 des ouvriers à la misère.

 Le 10 mars , ils décrétèrent également que le paiement des dettes, loyers ou effets de commerce, suspendu pendant le siège, reprendrait normalement : des milliers de Parisiens, en 4 jours, furent exposés à la faillite ou à des poursuites. Au début du mois de mars – volonté délibérée ou pas – Paris fut livrée à elle-même, ou plutôt au Comité central de la Garde Nationale sur lequel reposait le fonctionnement quotidien  de la ville. Un incident suffit à mettre le feu aux poudres. Afin de ramener Paris dans l’obéissance au gouvernement, Thiers donna l’ordre le 18 mars de désarmer la Garde Nationale et de faire enlever les nombreux canons qui se trouvaient à Montmartre ; mais faute d’attelages suffisants le régiment ne put les enlever rapidement. Une foule de femmes et d’enfants entoura les soldats. Ces canons, les Parisiens les avaient payés par souscription pour leur défense. Une partie de l’armée fraternisa avec la population et des faits irrémédiables se produisirent : l’exécution par des soldats mutinés des généraux Lecomte et Thomas. L’insurrection se propagea en quelques heures dans tout le centre et l’est de Paris. Des barricades se dressèrent en plusieurs points. Thiers exécuta le plan qu’il avait vainement proposé en 1848 à Louis-Philippe : laisser le champ libre aux insurgés, pour leur faire une guerre en règle et pour mieux les écraser . Thiers décida alors que le gouvernement quitterait Paris pour Versailles et ordonna l’évacuation totale des troupes. Le soir, le Comité Central de la Garde Nationale s’établit à l’hôtel de Ville, que le maire Jules Ferry  avait dû abandonner, et s’attribua le pouvoir de convoquer des élections contre l’avis des maires d’arrondissement et des députés parisiens.

L’élection de la Commune eut lieu le 26 mars et ses membres s’installèrent le 28 dans l’hôtel de Ville pavoisé de drapeaux rouges, devant une foule de plusieurs dizaines de milliers de personnes.

Les ambitions de la Commune de Paris (nom pris en souvenir de la Commune de 1793) ne furent pas clairement exprimées. Gouvernement municipal, elle fit face à la gestion quotidienne d’une ville dont les services avaient été désorganisés par le départ des fonctionnaires pour Versailles. Gouvernement à vocation nationale, ses membres furent répartis en commissions aux attributions ministérielles et prirent des décisions de portée générale.

En 2 mois, la Commune accomplit, ou au moins ébaucha, une œuvre qui ne fut pas négligeable. De nombreux décrets furent promulgués. D’abord des actes de circonstances : l’ajournement des échéances pour les petits commerçants, l’annulation des quittances encore dues par les locataires et la réquisition des logements vacants, la restitution gratuite des objets engagés par les pauvres au Mont-de-Piété. Et des mesures de principe : l’abolition de la conscription remplacée par la Garde Nationale, l’instruction gratuite obligatoire et laïque, la multiplication des écoles de filles et des écoles professionnelles et aussi une profonde rénovation de la pédagogie ; la séparation de l’Eglise et de l’État ; l’organisation du travail, l’égalité des salaires entre hommes et femmes, la suppression de la catégorie « illégitimes » pour les enfants nés hors mariage et reconnaissance des unions libres. Deux jours avant que les Versaillais n’entrent  dans Paris, on discutait encore culture et éducation par l’art.

Le poète et écrivain  Paul VERLAINE (1844-1896) fut chargé de ce que l’on appellerait aujourd’hui le service de communication de la Commune.

Des mesures emblématiques furent adoptés comme la destruction de la colonne Vendôme. En l’abattant c’est l’impérialisme que les communards mettaient à terre. Le peintre Courbet, responsable de cette destruction, fut condamné à 6 mois de prison, acculé à la ruine après la chute de la Commune, ses biens mis sous séquestre et ses toiles confisquées.

Si son programme social est demeuré assez vague, la Commune, entraînée par sa Commission du travail, sorte de ministère animé par des internationaux, interdit les amendes et les retenues sur salaires, abolit le travail de nuit des ouvriers boulangers. Enfin, elle décida de confier les ateliers abandonnés par les patrons qui avaient quitté Paris à l’autogestion d’ouvriers organisés en coopératives.

Dans Paris assiégé, l’opinion populaire s’exprima largement : on s’arrachait les journaux révolutionnaires, on entonnait des chansons nouvelles (le révolutionnaire et chansonnier Eugène Pottier écrivit les paroles de l’Internationale pendant la « semaine sanglante »).

La population parisienne, femmes et hommes réunis, fut appelée à participer localement à la vie et se réunit dans des clubs qui tenaient séance dans les églises réquisitionnées. Les réfractaires au service dans la Garde Nationale furent poursuivis et certains journaux furent interdits.

A cause de l’inexpérience militaire de la plupart des responsables de la Commune, les attaques menées à partir d’avril autour de la capitale contre l’armée versaillaise se soldèrent par de nombreuses victimes parmi les combattants parisiens.

L’ Assemblée Communale offrait un profil très nettement populaire, exceptionnel dans l’histoire électorale : parmi les 83 membres élus, 33 ouvriers, 5 petits patrons, 14 employés et commis, 12 journalistes, des artistes et des membres de professions libérales. C’était également une assemblée jeune. Si tous étaient d’accord sur la lutte à mener contre l’Assemblée de Versailles et pour la défense de la République, les élus de la Commune se déchirèrent très vite sur les moyens à employer. Leurs affinités partisanes étaient complexes à cerner, entre les activistes blanquistes (Ferré, Rigault, Eudes , …..) qui formaient l’élément moteur, les « révolutionnaires indépendants » (Vallès, Delescluze….), les membres de l’Internationale (Varlin, Lefrançais…). On peut estimer à 300 000 (hommes, femmes et même enfants) les Parisiens dénommés  « communards ou communeux » qui soutinrent le mouvement.

La Commune obéit à 2 logiques : sociale et patriotique. Prenons le cas de Louis Rossel, l’une des plus belles figures de la Commune. Ce jeune protestant breton était officier de carrière. Il rejoignit l’insurrection parisienne – dont il fut délégué à la guerre – après  s’en être expliqué dans une lettre à son ministre : « Il y  a deux partis en lutte dans le pays, je me range sans hésitation du côté de celui qui n’a pas signé la paix et qui ne compte pas dans ses rangs des généraux coupables de la capitulation. » Seul officier à avoir rejoint la Commune parce qu’il refusait la capitulation, Louis Rossel fut fusillé par les Versaillais malgré une campagne en sa faveur lancée notamment par Victor Hugo.

Environ 3000 étrangers sympathisèrent avec la Commune et plusieurs se trouvaient à sa tête, tels le Hongrois Fränkel, l’Italien Assi ou le Polonais Dombrowski.

Cependant, certains membres de la gauche républicaine ne soutinrent pas la lutte armée : Jules Ferry s’ enfuit de Paris, Léon Gambetta et Georges Clémenceau, maire du 18 ème, en appelèrent à la raison, Hugo et Zola gardèrent leurs distances. Horrifiés par la répression, les mêmes défendirent plus tard les Communards, réclamèrent leur amnistie, mais, sur le moment, ils ne soutinrent pas la Commune.

Dans la grande tradition des révolutions et émeutes parisiennes, des barricades plus ou moins improvisées furent élevées dans la ville dès le 18 mars. Le 8 avril, la Commune créa une commission chargée de la construction des barricades. Des ouvriers rémunérés travaillaient sous la direction de jeunes ingénieurs des Mines, de Polytechnique et des Ponts et Chaussées.

La Semaine Sanglante du 21 au 28 mai vit le massacre de près de 20 000 Parisiens et la plus importante destruction monumentale que la ville ait connue.

L’aide des Allemands, offerte à plusieurs reprises, fut refusée  : « je supplie M. Bismarck, au nom de la cause de l’ordre, de nous laisser accomplir nous-mêmes cette répression de brigandage », écrivit Thiers le 21 mai, au tout début de la Semaine Sanglante.

Le dimanche 21 mai, les troupes versaillaises fortes de 60 000 hommes et placées sous le commandement de Mac-Mahon, entrèrent dans la capitale au bastion du Point-du-Jour à Auteuil.  Le soir, l’armée régulière contrôlait déjà la moitié ouest de Paris.

Le 22 mai , obéissant à l’appel de Delescluze à la guerre révolutionnaire, les Communards élevèrent spontanément et sans coordination près de 900 barricades sur lesquelles ils allaient se battre pour tenter de défendre leur quartier ou tout simplement leur rue. En fait, les barricades ne pouvaient pas servir beaucoup depuis qu’à la suite des grands travaux d’Haussmann, Paris était sillonné de larges avenues.

Le 23 mai, c’est la Butte Montmartre qui tomba au pouvoir des Versaillais, à peine défendue par quelques détachements d’insurgés, dont l’un composé de femmes conduites par Louise Michel. L’armée qui ne fit pas de prisonniers se livra à des exécutions de masse sans jugement.

Les Communards mirent le feu aux Tuileries, au palais d’Orsay, à la Légion d’honneur, au Palais-Royal, à l’Hôtel de Ville. ». La ville flambait comme un bûcher » écrit Zola dans la Débâcle.

Le 24 mai, une véritable hystérie collective s’empara des deux camps. Des massacres perpétrés par l’armée se multiplièrent dans Paris, des otages de fédérés, parmi lesquels l’archevêque de Paris, Monseigneur Darboy, furent exécutés à la Roquette.

Les 25 et 26 mai , les troupes régulières réduisirent les dernières barricades encore défendues.

Le 27 mai, le drapeau tricolore flottait sur les Buttes-Chaumont, tandis que l’on se battait à l’arme blanche dans le cimetière du Père-Lachaise où furent fusillés les derniers rescapés.

Le 28 mai, les combats cessèrent à Belleville et le 29, Thiers put télégraphier aux préfets à propos des insurgés parisiens : « Le sol est jonché de leurs cadavres, ce spectacle affreux servira de leçon ».       

Par décision de Thiers et de MacMahon, les prisonniers – hommes, femmes et enfants – furent acheminés à pied à Versailles.

Cette file de prisonniers donna lieu à des scènes odieuses : on vit des jeunes femmes injurier les vaincus et les frapper avec la pointe de leurs ombrelle ou les talons de leurs chaussures. Les cavaliers qui entouraient les prisonniers, las de ce carnage depuis plus d’une semaine, repoussèrent des groupes armés de révolvers qui voulaient tirer sur les Communards. Ils évitèrent ainsi un nouveau bain de sang.

La répression qui suivit se prolongea jusqu’en 1875.

Les conseils de guerre chargés de juger les prisonniers prononcèrent relativement peu de condamnation à mort ; ils condamnèrent en revanche plus de 10 000 personnes aux travaux forcés ou à la déportation en Nouvelle Calédonie.

Il n’y a pas de révolution sans les femmes. Pendant la semaine sanglante, ce furent des femmes qui, drapeau rouge en tête, volèrent au secours des Batignolles. Alors que tout espoir était perdu, 120 femmes, pendant plusieurs heures, tinrent la barricade de la place Blanche. Nombre d’entre elles furent massacrées sur place.

Elles furent très actives dans les clubs, les journaux et participèrent aux différents courants du socialisme féminin.

L’amnistie fut proclamée en juillet 1880 et plusieurs anciens Communards purent siéger au Conseil de Paris.

La jeune République décida en 1882 de raser les imposantes ruines des Tuileries, palais de tous les souverains français du XIXe siècle. Dans le square Georges Cain, rue Payenne (3eme), on peut encore voir le fronton du pavillon de l’horloge des Tuileries, posé sur 2 colonnes.

La merveilleuse chanson « Le temps des cerises » de Jean-Baptiste Clément, combattant pendant la Semaine Sanglante, est un hommage à tous les Communards, à toutes les Communardes héroïques et inconnus. Elle immortalise le printemps perdu de 1871.

 «  Quand nous chanterons le temps des cerises

Et gai rossignol, et merle moqueur

Seront tous en fête

Les belles auront la folie en tête

Et les amoureux du soleil au cœur

Quand nous chanterons le temps des cerises

Sifflera bien mieux le merle moqueur……..  »

      JACKY MORELLE

Présidente Commission Culture VLF